Gargantua

Gargantua quitta un matin son château des bords de Seine après avoir englouti son petit déjeuner. Il prit la direction du sud puis obliqua vers l'est. Il enjamba le Rhône sans difficulté et pénétra en Savoie.
Très vite, escarpements, côtes et ravins ralentirent sa progression.
Il s'arrêtait de temps à autres pour souffler un peu : il tirait de sa poche un mouchoir de la taille d'un drap de lit et s'épongeait le visage en regardant les montagnes qui s'étendaient à perte de vue. Glaciers, pics dômes étaient baignés de soleil et offraient un spectacle éblouissant aux yeux émerveillés du géant.
Lorsqu'il parvint au sommet des Aravis le paysage lui sembla plus grandiose encore. Le Mont-Blanc était tout près, majestueux, dressé vers le ciel. Gargantua ne se
lassait pas de l'admirer. Mais soudain, l'envie le saisit de voir ce qui se trouvait derrière cette imposante barrière. Il eut beau être un géant il ne pouvait franchir le redoutable Mont-Blanc sans difficultés, aussi préféra-t-il rester prudent et le contourner. Il obliqua vers la droite où le passage semblait plus aisé. Mais à l'endroit où il
s'apprêtait à redescendre la crête des Aravis, un gigantesque rocher lui barrait le chemin. Il avait la forme d'une pyramide dont la pointe aurait été brisée. Furieux, Gargantua recula pour prendre son élan, et d'un formidable coup de pied , arracha le rocher et le projeta vers le ciel. L'énorme masse de pierre tourbillonna, survolant gorges et vallons, et atterrit à huit lieues sur les montagnes de Roselend aux limites du Beaufortin et de la Tarentaise.
On l'appelle Pierra Menta, Quant au passage ouvert par le géant, il prit le nom de porte des Aravis.